Histoire de Z.O.M.B.I.E.S.

Extra 1

Emma et Maxime

(Quelques semaines avant l'épidémie d'octobre)

EMMA
 

       C’est la rentrée. Nous entamons tout juste notre année en quatrième secondaire. Comme d’habitude, Maxime et moi, on se retrouve au gymnase pour s’inscrire, lui, au basketball, moi, au volleyball. Une fois qu’on a donné nos noms à nos coaches respectifs, on se rejoint avant d’aller dîner.

      — Salut! Je t’ai pas vue ce matin, me lance Maxime.

      — Salut! Ouain, j’ai dû régler une des histoires de fous de Zoé. Elle s’est présentée à l’école en retard et le directeur Morin n’a pas trop aimé. Elle lui a dit que je l’avais informé que, pour le premier vendredi de l’année, on avait le droit d’arriver une heure plus tard…

      — J’espère que tu lui as dit que c’était faux!

      — Ben, je pouvais pas vraiment. J’ai essayé de lui expliquer qu’il y avait eu un malentendu, mais tu me connais. J’ai bafouillé et je suis devenue rouge comme une tomate.

      — Mais il a compris que Zoé mentait comme d’habitude, j’imagine?

      — Euh… Je sais pas trop. Je pense qu’il a pris mon attitude pour un aveu… Il m’a un peu chicanée, en fait, que je lui raconte, honteuse.

      — Emma! Tu peux pas te laisser avoir tout le temps à cause de Zoé Després!

      — Bah. C’est pas grave. Elle aurait eu une retenue et moi je n’ai eu qu’un avertissement.

      — C’est déjà trop.

      Ce n’est pas la première fois qu’on est en désaccord en ce qui concerne Zoé. Et je préfère changer de sujet au lieu de m’engueuler avec lui.

      — Tu as le cours avec Sébastien, tout à l’heure?

      — Oui. Ça devrait être cool. Il était super comme animateur de camp. Ça risque d’être plus intéressant qu’avec Roger Langlois… 

      — Il était pas si pire…

      — Toujours aussi gentille, toi! Mais Emma, commence Maxime, avec un drôle d’air. Je me demandais… En fait, ce que je veux dire… Euh… Est-ce que ça te tente de venir chez nous, ce soir?

      C’est bien la première fois que Maxime semble aussi mal à l’aise de m’inviter chez lui. On est voisin et on passe notre temps entre nos deux maisons.

       — Bonne idée! On pourrait regarder un film.

       — Euh, ouain. Peut-être. Mais j’aimerais ça te parler avant.

       — Mais on parle, là, non?

       — C’est vrai, mais… Je voulais te dire quelque chose de plus… personnel.

       Oh non! J’espère que ce n’est pas ce que je redoute. Je sais depuis longtemps qu’il m’aime. Il ne m’a encore rien dit, mais je ne pense pas me tromper. Il y a des choses comme ça qu’on ressent et dont on peut difficilement douter. Maxime m’aime depuis le primaire.

       Moi aussi, je l’aime. Enfin, je crois. Avec lui, je me sens bien. Je peux être moi-même. On rit, , on discute, on se raconte (presque) tout. Je ne peux pas m’imaginer être loin de lui très longtemps, de ne pas lui parler tous les jours, mais est-ce vraiment de l’amour? Comment le savoir? Je ne peux pas dire que je ressens des papillons quand je le vois, mais il faut dire qu’on est tout le temps ensemble. Peut-être que c’est la raison? Toujours est-il que je ne suis pas certaine de vouloir avoir une confession romantique ce soir.

      — On se texte après souper? Je dois vérifier que c’est OK avec ma mère.

      Bon, je sais que j’avais déjà dit oui et que c’est à peu près impossible que mes parents refusent que j’aille chez lui, mais je veux me garder du jeu. Maxime, qui me connaît si bien doit l’avoir compris, mais il n’ajoute rien. Quand je vois Zoé, je me précipite dans sa direction pour éviter qu’il me demande quand même pourquoi je réagis comme je le fais.

      — Où est-ce que vous étiez, vous deux? nous attaque presque mon amie. J’étais là, toute seule, à vous attendre! Je suis sûre que Ian Sirois pense que je suis une loser, astheure!

      — Inquiète-toi pas. Ian Sirois t’a certainement même pas remarquée, réplique Maxime.

      — Qu’est-ce que tu veux dire? Que je suis pas assez bien pour lui?! se fâche Zoé.

      — Ben non, Zoé! Maxime veut juste dire qu’il a probablement pas remarqué que t’étais toute seule. Il a juste vu comment t’es belle dans ta petite robe pis le reste, c’est pas important.

Mon subterfuge fonctionne. Zoé sourit en regardant sa robe un peu trop courte à mon goût. Il faut dire que ça marche presque à tous les coups. Il suffit de lui faire un compliment et tout est rapidement oublié. Son ego étant flatté, elle se calme enfin.

     — C’est vrai qu’elle me fait bien, hein?

Maxime lève les yeux au ciel pendant qu’on s’assoit pour manger en vitesse avant la reprise des cours.

     — Qu’est-ce que vous faites ce soir? demande mon amie.

     — On est occupés, répond Maxime.

     — On pensait regarder un film chez Max. Tu veux venir? que je fais, en me disant que sa présence m’évitera peut-être d’obtenir des aveux non souhaités.

     — On fait tout le temps ça, ronchonne Zoé. J’avais plutôt envie que vous veniez magasiner avec moi. Je dois refaire ma garde-robe au complet. Avec les tournages d’Ados-ados, je dois être à mon meilleur en tout temps.

      Me voilà dans de beaux draps. J’ignore ce qui me fait le plus peur entre affronter la déclaration d’amour de Max ou faire les magasins avec Zoé. Je prends un morceau de mon sandwich pour éviter de répondre.

      — Tu le sais, Zoé, qu’Emma et moi on ne trippe pas magasinage.

      — Parle pour toi! Emma aime beaucoup m’accompagner dans les boutiques!

      Je mords à nouveau dans mon sandwich, au risque de m’étouffer en esquissant un sourire ambigu. Je mâche longtemps mon énorme bouchée pendant que Max et Zoé se chicanent encore, comme toujours.

      Quand la cloche sonne enfin, je ramasse mes choses en vitesse et je salue mes amis avant de me diriger vers mon casier pour ranger mon sac à lunch et prendre mes livres.

      Je déteste être dans cette situation. À tel point que le restant de la journée, je me tiens avec Yuna pour m’assurer de ne plus me retrouver dans cette position inconfortable. Par contre, après les classes, Maxime me rejoint comme d’habitude dans l’autobus. Je ne peux donc pas m’échapper, mais je suis soulagée de constater qu’il discute de tout et de rien, comme on le fait habituellement.

Arrivés à notre coin de rue, on descend tous les deux et on bifurque vers l’un des nombreux sentiers qui entourent notre maison. Celui-ci est balisé par de hautes haies fournies et pourrait être un endroit plutôt romantique, mais j’essaie de chasser cette image de mon esprit.

      Maxime me raconte sa journée et je commence peu à peu à croire que je me suis fait des idées et qu’il n’a pas l’intention de me faire sa déclaration d’amour. Je l’écoute m’expliquer comment Olivier Larochelle a fait le clown durant le cours d’ECR et comment, grâce à lui, l’enseignant en a fait pipi dans ses culottes tant elle riait.

      Tout à coup, l’un des pans de cèdres s’incline bizarrement vers nous, comme si on avait exercé une forte pression sur ceux-ci, et un son inquiétant nous parvient. Ça ressemble à des grognements.   Mais ceux-ci ne proviennent pas d’un animal, j’en mettrais ma main au feu. On dirait quelqu’un. Les bruits gutturaux reprennent de plus belle, puis Max s’interpose entre cette chose toujours invisible et moi. Les borborygmes semblent redoubler d’ardeur et je me saisis de la manche de mon ami pour l’inciter à courir avec moi. Il fronce les sourcils un instant, comme s’il n’était pas certain, puis il me fait signe qu’il est d’accord pour fuir.

      Après quelques minutes de course, nous ralentissions le pas en constatant que nous sommes hors de danger.

      — C’était quoi, ça ? que je le questionne.

      — Je sais pas trop.

      — On aurait dit… un monstre, un zombie.

      — Hahaha ! C’est vrai ! Mais comme ça n’existe pas, ça devait être un petit drôle qui voulait nous faire peur. Je pense que ça a marché !

      Je me force pour rigoler aussi, souhaitant chasser ma frousse. Mais au fond de moi, la frayeur persiste un peu et je ne me sens pas tout à fait rassurée. Et si ce n’était pas une farce ? Sinon, qui aurait bien pu s’amuser ainsi à nos dépens ?

      Je tente d’écarter mes peurs et de me raisonner : ce n’était rien. Trois fois rien. Nous sommes visiblement en sécurité maintenant que nous sommes dans la rue. Rien ni personne n’est à nos trousses et Max est à mes côtés. Les battements de mon cœur affolé ralentissent enfin et nous reprenons notre conversation comme si rien ne s’était passé.

      En approchant de nos maisons, Maxime s’arrête soudainement et se penche pour rattacher son espadrille. Un genou presque par terre, il lève les yeux vers moi et sourit.

      — On dirait que je suis sur le point de faire ma grande demande…

      Je reste bouche bée devant cette blague qui ne m’aurait pas intimidé quelques semaines plus tôt, mais qui finit en fait à m’enlever de la tête toutes les peurs d’improbables zombies.

      Quand il se relève, il s’approche de moi et replace une mèche de mes cheveux derrière l’oreille. Mes jambes semblent vouloir me lâcher. Je ne sais plus quoi faire, quoi penser, quoi dire. Je suis comme paralysée. Il penche alors lentement son visage vers le mien, attend un signe de ma part qui ne vient pas, et il dépose un doux baiser sur mes lèvres.

      Les voilà donc, les papillons ! Ils s’affolent dans mon ventre, ne laissant aucun doute sur mes sentiments. J’aime Maxime ! Et pas comme un frère, pas seulement comme ami. Je l’aime vraiment ! Mon cœur s’emballe encore et veut exploser de joie, puis je me surprends à l’embrasser de nouveau, mais avec plus de conviction. Nous nous regardons ensuite d’un regard nouveau et il me prend naturellement la main alors que nous nous dirigeons vers la maison.

© 2020 par Emilie Plante. Créé avec WIX.COM